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Histoire du port de la Joliette
1858 - 2018

La Joliette, le port de commerce de Marseille

Edifiés entre 1858 et 1864 sous la direction de l'architecte Gustave Desplaces, les docks de Marseille forment un ensemble immobilier considérable, dedié pendant plus d'un siècle au stockage et à la négociation des prix des marchandises en transit dans le port phocéen. On doit leur construction à Paulin Talabot, qui fut l'un des grands acteur de la révolution ferroviaire en France, en particulier dans le sud-est. Polytechnicien, formé en Angleterre auprès de Georges Stephenson, Talabot s'investit très tôt dans un chemin de fer reliant les mines d'Alès à Nimes, où il s'emploie à la constitution de l'immense réseau ferroviaire reliant Paris aux Alpes et au bassin méditerranéen avec la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM), dont il est directeur général.

Paulin Talabot

Le lien est évident entre les docks marseillais et la compagnie ferroviaire, l'un offrant des débouchés à l'autre, et réciproquement. Face à l'augmentation du trafic de marchandises constaté depuis le début du XIXème siècle, le vieux Port de Marseille montrait ses limites.

Malgré la construction d'un bassin de carénage en 1829 et d'une nouvelle digue en 1833, il devint urgent de déplacer l'activité portuaire plus au nord. En 1844, le gouvernement ordonne la construction du bassin de la Joliette. Le bassin est complètement achevé en 1853, et trois ans plus tard, on initie la construction du Lazaret et d'Arenc.

Le port de la Joliette au temps des premiers tramways et des voitures à chevaux.

En 1856, la Compagnie des docks et entrepôts de Marseille obtient la concession d'exploitation d'un vaste ensemble comprenant les terre-pleins bordant le fond du bassin de la Joliette, le Lazaret et Arenc, et les bassins du radoub. Elle possède en outre les docks, composés de quatre entrepôts articulés chacun autour d'une cour et de l'hôtel de direction, soit près de 365 mètres de façades, avec quatre cours, cinquante-deux portes, le tout s'élevant sur sept étages. Les docks de Sainte-Katharine, à Londres, et ceux de Liverpool, servent de références : la structure des bâtiments est en fer, habillée par un appareil de briques.

Les docks sont opérationnels dès 1866 : on commence à y stocker des marchandises notamment dans les entrepôts frigorifiques. La gare maritime de Marseille-Joliette, desservie par les trains du PLM, permet la connexion entre les deux modes de transports. La nouvelle rue impériale relie le bassin de la Joliette au Vieux Port. Des tramways hippomobiles puis électriques connectent les installations portuaires au reste de la ville. trente-et-une descenderies. Le port compte six formes de radoub (dont la plus grande mesure 180 mètres) desservies par quatre machines totalisant une force de 630 chevaux.

Le bassin et les docks de la Joliette (état en 1861)

Les surfaces utiles sont considérables : vers 1900, les entrepôts, magasins et hangars couvrent 23 hectares. La longueur des quais renfermés est de 3 270 mètres, et la voie ferrée desservant les installations mesure près de 17 kilomètres.

La machine hydraulique comprend trois machines, 530 chevaux, et actionne quarante grues fixes, vingt-et-une grues roulantes, huit grues de cave, vingt-quatre élévateurs, trente-et-une descenderies et cinq élévateurs-descenderies. Le port compte six formes de radoub (dont la plus grande mesure 180 mètres) desservies par quatre machines totalisant une force de 630 chevaux.

Au crépuscule du XIXème siècle, le port voyait transiter à l'importation des céréales, graines oléagineuses, marchandises diverses en provenance principalement des pays méditerranéeens. A l'exportation, on notait surtout des houilles françaises et des céréales, soit près de 2 millions de francs par an.

Dès 1880, le port de Marseille est le premier d'Europe continentale. Les installations sont endommagées pendant la seconde guerre mondiale. En 1955, les docks sont rachetés par la Compagnie des entrepôts et magasins généraux de Paris qui reprend leur exploitation. 1988 marque la fin des activités industrielles et l'on s'interroge sur la reconversion des locaux. Une réhabilitation commence en 1992 sous l'égide de la SARI, filiale de la Compagnie générale des eaux.

Partie intégrante du quartier "Euroméditerranée", les docks de Marseille abritent aujourd'hui de nombreux locaux d'entreprises et offrent d'importantes surfaces de bureaux, face à la mer. Symbole d'une reconversion réussie d'un site industriel, ils seront bientôt pourvusde nouvelles installations, notamment d'un centre commercial. Le site est actuellement propriété d'une filiale de la banque J.P. Morgan.

Texte Lionel Dufaux

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